Et le sang. La corrida ramène toujours au sang. Il se déverse en caillots le long des quartiers avant du taureau — il jaillit de la bosse de son morrillo, et ruisselle par vagues d’un rouge éclatant sur les muscles de sa poitrine et sur ses côtés qui se soulèvent. S’il a été tué maladroitement et que l’épée transperce le poumon, alors l’animal meurt en vomissant le sang.
Si le matador travaille près de la bête, l’habit de lumière se tache — la souillure ensanglantée est honorable. Elle plonge aussi dans l’horreur. Le sang rouge vif et vivant d’un fleuve animal qui s’écoule, se transforme, quand il s’assombrit dans les nuances mélancoliques d’un vieux sang séché qui évoque en une langue primitive perdue les mystères de la mort, de la couleur et de la corruption. Le sang séché vous rappelle la gloire sordide de la corrida, l’allusion à la Renaissance où de nobles personnages affirmaient leur présence en se promenant sur la place du marché, dépassant des estropiés avec des bouts de bois à la place des jambes, un moignon à la place de la langue, et le sourire le plus obscène de l’époque. Oui, la gamme de la corrida varie du courage à la gangrène.

Norman Mailer

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